—Je la leur enlèverai, parbleu, ma fille! Ils me la rendront. Adolphe! qui a parlé d'Adolphe? Ah! les enfants! Des ingrats... des ingrats... J'espère que je l'aimais, celle-là! Plus que le petit, tu as dit? Oui, eh bien, après?... Il se moque pas mal de moi, lui... J'ai faim... A manger! Je veux manger, sacrebleu!... Certainement, je la reverrai, Suzanne! Ah! qu'il fait chaud!... Anaïs!
—Quoi? dit madame Labarbade toute surprise de ce nom ainsi jeté dans ce chaos et qui était le sien.
—Je t'avais dit de me donner mes habits d'été. Tu ne l'as pas fait... Je sais, si je pouvais étouffer, cela t'irait... N'aie pas peur, tout te reviendra, tout. Nos pauvres rentes sont à ton nom. Mais, vois-tu, ce n'est pas une raison; il fallait me donner mes habits d'été!
—Oh! dit madame Labarbade effrayée, ne le croyez pas, madame Germain... Il est fou!...
—Voulez-vous que je lui fasse une tisanne? dit madame Germain.
—Oui.
La bonne femme tira des herbes de sa poche, les jeta dans une cafetière et y versa de l'eau mélangée de vin blanc, puis elle mit la cafetière sur le feu.
—Et vous croyez?
—Vous verrez.
Labarbade, épuisé, s'était rejeté instinctivement sur son lit. Ses cheveux, presque blancs, roulaient, pleins de sueur, sur l'oreiller. Sa poitrine, découverte par l'ouverture de la chemise, se soulevait par brusques secousses, et la gorge se contractait sous des pressions douloureuses. Ses yeux, fiévreux, élargis, égarés, regardaient le plafond. Il ne jetait plus que des mots sans suite, des soupirs: