Et tandis que le drapeau hollandais flottait doucement, comme caressé par la brise de la grande mer, Cornélius van Elven, d’un mouvement farouche, tira de sa gaine de cuir le coutelas qui pendait à son côté, à demi dissimulé sous les poils des fourrures.

Adriaan-Carlos se mit encore à rire.

— Tu vois cette mer? dit-il, eh bien! je veux avoir son secret, moi, et je l’aurai! Oui, nous faisant des barques du bois de nos traîneaux, nous irons demander à la Mer libre quel continent elle baigne! J’irai plus loin que toi, Cornélius, je te le jure, plus loin, plus loin qu’aucune créature humaine n’aura jamais osé aller!

— Regarde bien cette falaise de glace, répondit froidement Cornélius, c’est là que tu t’arrêteras. Tu n’iras pas plus loin, entends-tu, Adriaan-Carlos?

Seuls au bout du monde, devant l’immensité sublime, ils ne songeaient pas à oublier, ils ne pensaient qu’à se haïr.

Cornélius brandit son coutelas et se jeta, sinistre dans ses peaux de bêtes, vers Adriaan qui s’était armé.

Carlos Flink ajusta son ennemi du canon d’un pistolet et dit résolument:

— Prends garde! De nous deux, je te l’ai dit, un seul doit revenir là-bas. Un seul doit rapporter au pays le secret de cette découverte. Cornélius van Elven, tu es mort!

Son doigt pressa la gâchette du pistolet, et les mouettes éperdues s’envolèrent en criant, effarées, terrifiées et venant d’apprendre que partout où l’homme passe il apporte le danger et la mort.

Cornélius, blessé, avait trébuché d’abord, et Carlos avait attendu, comme si son rival eût dû tomber sur le coup. Mais, intrépide, et d’un mouvement surhumain, van Elven continuait d’avancer, et la large lame de son coutelas jetait des éclairs bleuâtres sous la lumière intense du pôle.