— Carlos et Cornélius se seront perdus en même temps, disait-on, et perdus sans même savoir qu’ils étaient si rapprochés l’un de l’autre.

Nul ne pouvait soupçonner en effet que la haine de ces deux hommes les avait fait s’entr’égorger ainsi et se perdre, quand ils touchaient l’un et l’autre à leur rêve.

Margaret et Dica, les deux veuves de Cornélius et de Carlos, ont fait élever en commun un monument près du cimetière de Rotterdam. On y lit ces mots dictés par le cœur à celles qui aimaient tant ceux qui se haïrent:

A deux frères ennemis

réconciliés dans la mort!

Margaret et Dica y vont pleurer toujours, et leurs mains déposent pieusement, auprès du monument de pierre, des bouquets de fleurs, des violettes du pôle.

— Nous les aimions cependant assez pour qu’ils eussent dû ne pas se haïr! songent-elles.

Puis doucement:

— Quelle gloire les attendait pourtant — et le bonheur aussi — s’ils avaient su... s’ils avaient pu oublier! Ah! maudite, maudite soit la haine!

Parfois Dica demande à Margaret: