Ils avaient fait ce pacte de se revoir sans qu’un mot d’amour fût prononcé, un amour qui ne pouvait être qu’une amourette, ce que ne voulait pas la petite Lise, souriante, mais sérieuse.
— Nous sommes deux exilés, lui avait-elle dit, et, comme tels, amis et bons amis dès la première rencontre. Mais n’allons pas plus loin, monsieur le marquis. Fanchette est une honnête fille.
— Et je suis un galant homme, Fanchette.
— Un galant homme qui ne s’avisera pas de faire le galant?
— Je vous le promets.
— Est-ce dit et bien dit?
— Foi de gentilhomme! A moins, petite Lise, que vous ne me releviez, un jour, de ma promesse.
Le marquis de Beauchamp avait accepté ce traité de franche camaraderie qui lui donnait une compagne et lui permettait de parler un peu de la France, de Paris, de Trianon, du théâtre, cet autre Temple de l’Amour. La jeune fille lui plaisait par sa bonne grâce et sa gaieté, cette simplicité et cette franchise de sentiments... Et si différente des belles dames de là-bas!
Et il y eut, depuis ce jour, en ce monde qu’est le vaste Londres, deux êtres perdus dans la foule qui se réunirent, se retrouvèrent, vécurent de la même vie d’espérance, avec ces mots si souvent répétés:
— Dans huit jours! A Paris, dans huit jours!