— Il lui faudrait l’air du pays, avait affirmé le docteur Ploomfield.
Elle respirerait bientôt l’air du pays. Elle remettrait, quelque soir, son petit habit, sa jupe rouge et sa toque noire et, pour lui, s’il était conduit, un matin, comme d’autres, dans la plaine de Grenelle, devant un peloton d’exécution, il saluerait aussi insolemment que possible, crierait très haut «Vive Sa Majesté Louis XVII!», et tâcherait de tomber avec grâce.
Aux préparatifs de départ, Fanchette apportait une hâte maladive. Elle éprouvait cette sensation morbide qu’elle n’aurait pas le temps de fuir Londres, que cette douleur ressentie, cette brûlure dans la poitrine, cette toux qui la prenait à la gorge et qu’elle étouffait pour ne pas attrister le marquis, allaient la coucher dans ce petit lit de fer, sous ce toit couvert de neige. Elle avait peur. Sa chambre lui faisait l’effet d’une prison. Une cellule, un coin d’hôpital. Il lui semblait qu’une fois là-bas, elle serait guérie. Et ces mots: «là-bas», prenaient sur ses lèvres des accents très doux.
— Ils ne sont pas si bêtes d’avoir inventé ou retrouvé ce nom: patriotes, les malandrins de «là-bas», murmurait le marquis. On l’aime, en effet, la patrie!
On aime aussi l’asile où l’on a vécu, et lorsque, sa valise à la main, le petit marquis prit congé de Londres, il eut, à son grand étonnement, un étrange battement de cœur. Il dit adieu à la misérable chambre de Crown Court comme si les murailles eussent gardé de ses souffrances et de ses joies. C’était là que Fanchette l’avait soigné, veillé, là qu’elle s’asseyait lorsque, de sa jolie voix, elle lui lisait Clarisse Harlowe! Il n’était pas jusqu’à mistress Sniddle qui lui inspirât des pensées attendries. La logeuse lui répétait que si, par hasard, — il faut tout prévoir! — M. le marquis se trouvait obligé de revenir en Angleterre, il retrouverait toujours sa chambre, cet appartement meublé si «convenable».
— Ah! mistress Sniddle, répondait le marquis, je suis, comme tous les exilés, reconnaissant à l’Angleterre de sa loyale hospitalité, — j’ai été libre en un pays libre; — mais j’espère bien jamais, never, vous entendez, ne remettre les pieds à Londres. Et, dans huit jours, je serai à Paris... Que dis-je! mistress Sniddle, avant huit jours!
— Dieu le veuille, monsieur le marquis!
VI
Fanchette aussi éprouvait une émotion toute naturelle en quittant le logis où elle avec vécu. Mais le brouillard de Londres, décidément, l’étouffait.
Elle se mourait, comme la jacinthe de Hollande dans son vase de verre. La santé, la vie, l’appétit même, de vivre, elle allait retrouver tout cela en France. Et, dans la voiture qui l’emportait, la cahotait vers Douvres, elle faisait des rêves. Elle souriait à Hector de Beauchamp, entre deux accès de toux, et elle lui répétait: