— On peut tout ce qu’on veut, dit-il.
— Oui, mais je ne veux pas exposer mon bateau à être brisé ou envoyé sur les côtes de Norvège. La mer grossit. Le vent est mauvais. Mieux vaut pour vous attendre à Douvres que de fournir de la pâture aux poissons de la Manche.
— Alors, vraiment, nous ne partons pas?
— Nous partirons après la tempête passée. Voyez ces vagues. Hautes comme des tours d’églises!
Fanchette était désolée. Il fallut chercher asile dans une petite auberge où l’hôte fit un peu la grimace en recevant des Français. Mais ce n’était qu’un logis de passage. Le vent allait bientôt se calmer. On repartirait, sans doute, le lendemain. Dans la nuit, la malade fut prise d’une fièvre ardente, des crachements de sang terrifièrent M. de Beauchamp et, le matin venu, Fanchette, trop faible pour se lever, demanda elle-même à rester au lit, puisqu’on ne pouvait pas s’embarquer tout de suite.
— Cela me reposera et je serai vaillante pour la traversée..., demain.
Mais, le soir, la fièvre redoublait, la toux déchirait plus cruellement les poumons de la pauvre fille portant à sa poitrine ses petites mains pâlies. Et le marquis demandait un médecin en hâte, car il avait peur, maintenant, peur de la voir arrêtée là, condamnée à rester en chemin.
L’hôte maugréa d’abord, disant que l’auberge de L’Ancre et du Canon n’était pas un hôpital; puis, il s’amenda, eut pitié et envoya lui-même son garçon chez son propre docteur. Et celui-ci, gros bonhomme roulant comme un muid, accourut en soufflant, ausculta la malade et ordonna des moxas dans le dos...
— C’est une petite congestion pulmonaire... Il faut garder la chambre et se garer du froid.
— Alors, dit Fanchette, inquiète, nous ne partirons pas demain?