—C'est aux Tuileries qu'il faut aller demander le rappel des ministres patriotes et la sanction des décrets.
Le mot avait été dit, il fut acclamé:
—Aux Tuileries!
On irait aux Tuileries sommer le roi de tenir ses promesses, d'abandonner la politique hypocrite que ses conseillers lui faisaient suivre, et de reconnaître enfin la toute-puissance de ce peuple qui maintenant était le souverain.
On irait en foule, on irait en armes, musique en tête, sans menaces, avec le calme superbe et fier que donne la force.
On irait, à cette date immortelle du 20 juin, date du serment du Jeu-de-Paume, et tandis que des citoyens se rendraient en pèlerinage civique à Versailles, par cette route que les femmes avaient suivie, au 6 octobre, mais, cette fois, pour y fêter l'anniversaire; d'autres citoyens des faubourgs, après avoir défilé devant l'Assemblée et parlé aux représentants du peuple, entreraient au palais des rois et opposeraient enfin leur sic volo sic jubeo au veto stupide de Louis XVI.
«Le peuple le veut ainsi, allait dire fièrement un orateur populaire dont l'histoire n'a point le nom, et devant ce chêne robuste, le faible roseau doit plier.»
Le polonais Lazowski fit voter par les sections qu'on planterait, à cette date du 20 juin, un arbre de la liberté sur la terrasse des Feuillants. Le frémissement des feuilles du peuplier rappellerait peut-être au roi l'approche des grands orages populaires.
—Si vingt personnes se présentent au roi, dit quelqu'un de la cour, sa
Majesté recevra la pétition.
La pétition du peuple fut portée par vingt mille citoyens.