—As-tu dormi?

—Un peu, je crois.

—Un peu, tu n'en es pas sûre?

—Je ne sais pas.

—Tu as pensé à lui? Tu as pleuré? Tu as les yeux rouges. Ah! ma pauvre chérie, quel malheur que tu aies connu cet homme! qu'il y ait des hommes sur la terre! Nous aurions pu être si heureuses toutes les deux, l'une près de l'autre, nous aimant! Mais ça reviendra, vois-tu. Tu oublieras. Et tu ne songeras plus qu'à aimer ta grand'mère, à l'aimer comme elle t'aime. C'est la seule affection, celle-là, qui ne cause pas de déception, qui ne trahisse pas!

Laurence ne répondit pas.

Sa poitrine oppressée se soulevait de temps à autre.

C'était le seul signe qui indiquât son émotion, ses tortures.

Elle s'efforçait, pour ne pas affliger sa grand'mère, de retenir ses larmes, de renfermer en elle ses plaintes.

La matinée se passa ainsi. Laurence ne quitta pas son lit. Madame de Frémilly parla d'envoyer chercher un médecin. Elle refusa. Mais, dans l'après-midi, la fièvre semblant augmenter au lieu de se calmer, la grand'mère envoya à Poitiers un messager. Elle avait peine à dissimuler l'anxiété qui la rongeait.