Les yeux anxieusement fixés sur sa petite-fille inanimée, elle guettait un mouvement, un battement des paupières, un soupir qui lui indiquât que la vie ne s'était pas en allée de ce corps adoré.
Elle se reprochait sa dureté, sa cruauté, et se disait:
—Si elle meurt, je mourrai!
Deux heures se passèrent, deux heures terribles, deux heures mortelles pour madame de Frémilly, sans que Laurence fût revenue de son évanouissement.
Etait-elle donc morte? N'y avait-il plus d'espoir?
La malheureuse grand'mère ne savait plus que faire, que tenter. Et pas de médecin. Personne. Elle sentait que la folie la gagnait. De temps en temps, elle se jetait sur le corps insensible.
Et elle criait, dans son égarement, sans savoir ce qu'elle disait:
—C'est moi, ma chérie, moi qui te parle, ta grand'mère. Ecoute-moi! Réponds-moi! Ne meurs pas. Ne me cause pas le chagrin de mourir. Et je te le rendrai. J'irai, s'il le faut, le chercher moi-même. Je me jetterai à ses genoux et je te l'amènerai, je te l'amènerai, quand je devrais le traîner par les cheveux. Mais il ne demandera pas mieux que de revenir. Il t'aime. Il t'attend. Mais parle-moi, je t'en prie. Parle-moi. Tu me fais mourir!
Elle embrassa le front, les mains de son enfant adorée.
—Voilà, reprit-elle ensuite, on ne sait pas, on croit bien faire. Mais j'aurais bien dû voir qu'elle l'aimait, qu'elle l'aimait trop! Laurence, Laurence, me pardonneras-tu?