Cette phrase fut comme un baume sur la cuisson de sa douleur.

Elle ne parla plus.

Elle laissa le médecin prodiguer ses soins à sa pauvre petite-fille.

Immobile, prostrée au pied du lit, elle priait.

La crise fut terrible.

Comme l'avait prévu le médecin, la fièvre se déclara avec une grande violence. Pendant des nuits et des jours entiers, Laurence délira. Elle avait des accès au cours desquels il fallait jusqu'à quatre servantes pour la tenir et l'empêcher de se jeter par la fenêtre, puis des abattements profonds pendant lesquels elle semblait morte. Elle ne voyait pas, n'entendait pas, ne semblait avoir conscience de rien autour d'elle, une sensibilité nulle; puis c'étaient des mouvements désordonnés, des fureurs qui tenaient de la démence. Le médecin n'osait pas répondre encore de la vie de la malade, quoiqu'il eût déclaré à plusieurs reprises que les symptômes observés étaient plutôt favorables et qu'il avait bon espoir.

Agenouillée au pied de ce lit sur lequel gisait celle qu'elle s'accusait d'avoir tuée, madame de Frémilly passa les heures les plus cruelles de sa vie pourtant si éprouvée, et prit, un matin, après une nuit plus angoissée que les autres, une résolution suprême.

Pour hâter la guérison de sa petite-fille, pour sauver la pauvre enfant, pensait-elle, elle voulut que Laurence, quand elle reviendrait à la raison, quand elle ouvrirait à l'existence ses yeux maintenant pleins d'ombres confuses et son intelligence hantée de fantômes, elle voulut que Laurence vît près d'elle celui dont l'éloignement avait failli être mortel pour elle.

Elle fit porter une dépêche pour Jacques de Brécourt, et elle attendit la réponse dans un état de fièvre impossible à décrire.

Un jour se passa, un siècle.