—Tu as bien dormi, ma chérie?
—Je suis brisée, dit Laurence, qui détendit avec effort ses beaux bras nus. J'ai fait un rêve horrible.
—Un rêve?
—Je me promenais au pied du château, devant la pièce d'eau, quand j'ai vu se dresser tout à coup sur ses bords un beau lys, qui poussait à vue d'oeil devant moi, et qui devint bientôt si grand qu'il atteignit mon front. Il était d'une blancheur si éblouissante que j'avais peine à le regarder.
—Mais il n'est pas si horrible, ton rêve, fit la baronne en souriant.
—Attends, grand'mère, fit la jeune fille. Tout à coup, reprit-elle, je vis la tige du lis grossir, devenir semblable à un corps de femme et prendre la couleur de la chair.
En même temps, la fleur se métamorphosait aussi, avait pris un visage humain: je vis que le visage me ressemblait.
Le lys, c'était moi.
—Je t'ai souvent, en effet, dit la baronne, comparée à un beau lys.
—C'est pour cela, en effet, fit Laurence, que j'ai fait ce rêve. Une odeur suave s'en dégageait et embaumait l'air autour de lui.