—Mais je continue…. Nous arriverons assez vite à la catastrophe, à la catastrophe inattendue, inouïe, qui a changé en deuil toutes mes joies, qui brise mon bonheur, mon avenir, ma vie!… Mais ce soir-là, je ne prévoyais pas un tel dénouement.. J'étais tout à mes espérances, à mes transports insensés…. J'attendais avec anxiété que madame de Frémilly s'expliquât … me dit où elle en voulait venir, ce qu'elle avait résolu.

Elle ne me fit pas attendre longtemps.

—Vous savez, me dit-elle, combien j'aime ma petite-fille?

—Qui ne l'aimerait pas? m'écriai-je.

—Depuis qu'elle vit, poursuivit-elle, je n'ai pas eu d'autre pensée que son bonheur. Il ne m'était resté sur terre que cette affection, toutes les autres m'ayant été enlevées successivement par la mort impitoyable…. Je n'ai plus vécu que pour Laurence, qui représentait tout pour moi ici-bas.

—Je le sais, madame, dis-je, et je vous ai enviée bien des fois de pouvoir ainsi lui consacrer toutes les heures de votre vie.

—C'est vous dire, fit-elle, avec quelle appréhension je remettrai à d'autres mains le soin d'une félicité si précieuse.

—Oh! madame, m'écriai-je, personne ne la cultivera comme moi, cette félicité, que je serais si heureux de voir s'épanouir et grandir au soleil de mon amour!

—Je vous crois, me dit-elle…. Je crois que vous êtes sincère … que vous aimez vraiment Laurence, et comme elle doit être aimée. Mais les hommes sont faibles…. L'amour peut endormir pour un temps leurs passions, qui reprennent ensuite, plus impérieuses et plus violentes.

—Je n'en ai plus d'autres au coeur, affirmai-je, que l'amour de
Laurence.