—Peut-être ne sait-elle pas….

—Comment ne saurait-elle pas qu'elle a commis la faute?

—Elle me paraît fort naïve.

—Elle ne sait peut-être pas qu'elle est enceinte. Elle sait du moins qu'elle s'est donnée, et, au lieu de me l'avouer…. Si elle m'avait tout dit, si elle m'avait confessé sa faute, je n'aurais pas laissé partir le séducteur.

—Il y a quelque chose, dit le docteur, qui me surprend chez mademoiselle de Frémilly, et qui m'a fait longtemps hésiter à parler, à croire même que je ne me trompais pas, c'est son innocence.

—Son innocence?

—Elle paraît si loin de soupçonner la cause de son malaise!

—Oui, elle ne connaissait pas, sans doute, les risques qu'elle courait en cédant à un homme qu'elle aimait, et cet homme n'en est que cent fois plus coupable; mais il ne l'a pas prise de force et sans qu'elle s'en aperçoive. Et voilà ce que je lui reproche, à elle: c'est de n'avoir pas eu en moi, sa grand'mère, assez de confiance, et de ne m'avoir pas tout avoué. J'aurais su alors ce que j'avais à faire avec le suborneur. Mais maintenant, maintenant, qu'allons-nous devenir?

Le docteur ne répondit pas.

Il ne savait quel conseil donner, et comment ses malheureuses clientes pourraient sortir de la terrible impasse où elles allaient être acculées.