V
La confiance était revenue tout entière au coeur de la baronne de Frémilly. Elle ne doutait plus de la loyauté et de la sincérité de sa petite-fille. Le médecin s'était trompé. Et elle en était maintenant si convaincue, qu'elle ne désirait même pas le revoir pour qu'il se livrât à un examen nouveau.
Sa déception, quand la vérité lui serait révélée, démontrée, irréfutable, cette fois, n'en devait être que plus terrible, la chute du haut de ses illusions plus profonde.
En ce sombre château de Marconnay, où la grand'mère et la petite-fille s'étaient enfermées, on ne recevait pas de visites.
Madame de Frémilly, vivant à Paris depuis longtemps, n'avait conservé dans ce coin du Poitou aucune relation.
Elles vivaient donc seules, toutes les deux, ne sortant pas. Souvent Laurence s'attardait, avec Noémie, dans la chambre de l'enfant, dont le babil l'amusait. Car le petit, maintenant qu'il n'était plus paralysé par la présence du terrible Régulus Boulard, qu'il se sentait heureux et choyé, était devenu gai et causeur.
La jeune fille avait essayé, à plusieurs reprises, de parler à la mère de celui qu'elle croyait avoir été son amant, et auquel elle ne pouvait s'empêcher de penser. Mais la pauvre femme, qui n'en pouvait rien dire et que cette conversation gênait, car elle lui rappelait son criminel mensonge, évitait de répondre, et Laurence, de peur de raviver son chagrin, du moins elle le pensait ainsi, n'insistait pas.
Un après-midi, comme elle était avec Noémie dans la chambre du petit, dont les fenêtres donnaient sur la grande cour la précédant, elle vit, avec surprise, entrer dans cette cour une sorte de grande berline, démodée, qu'elle n'avait jamais vue encore, et elle eut un petit frémissement.
Qui donc leur arrivait là? Une visite? Et qui?
Elle continua à regarder, et elle vit descendre de la voiture, arrêtée au bas du perron, une vieille femme endimanchée qu'elle ne connaissait pas.