—C'est possible, dit le médecin, qu'elle ne se soit pas rendu compte.

—Alors, cet homme aurait abusé d'elle à son insu, abusé de sa naïveté, de son ignorance? Ce serait alors le plus méprisable et le plus vil des hommes!

—Je ne puis rien vous dire à ce sujet, madame la baronne; ce que je puis affirmer, c'est que je ne me suis pas trompé, que mademoiselle de Frémilly est enceinte.

—Il faut bien, fit la grand'mère, que ce soit vrai, puisqu'une personne qui ne la connaît pas, qui l'a vue aujourd'hui pour la première fois, s'en est aperçue.

—Et qui donc?

—Une ancienne camarade de pension, qui est venue me rendre visite. Elle m'a demandé perfidement si ma petite-fille était mariée. Mais elle devait savoir le contraire. Et, quand je l'ai interrogée pour savoir pourquoi elle me faisait cette question, elle m'a répondu: «Parce que, si elle était mariée, j'aurais cru qu'elle était enceinte: elle a le masque.»

—Oui, dit le médecin, elle l'a. Et je vais vous le montrer!

Et tous les deux, à pas furtifs, éclairés par le flambeau que la baronne tenait à la main, et dont la lumière dansait dans l'ombre des couloirs, ils se dirigèrent vers la chambre de mademoiselle de Frémilly.

VII

Doucement, avec d'infinies précautions, la baronne tourna le loquet de la porte. Le silence était profond. Le château tout entier semblait endormi. On n'entendait d'autre bruit que le souffle des rafales qui venaient se briser contre les lourdes murailles, en agitant les ardoises des tourelles.