Il y avait quelques minutes à peine que le docteur Raymondet était parti et qu'on avait entendu résonner sur les pavés de la cour le bruit de la voiture qui l'emmenait, quand Laurence se réveilla du long assoupissement dans lequel la fatigue et le chagrin l'avaient plongée. Elle s'étonna de se voir vêtue et couchée sur son canapé et non dans son lit, et elle se souvint alors de ce qui s'était passé. Elle avait voulu veiller pour savoir de quel mal souffrait sa grand'mère, et le sommeil avait été plus fort que sa résolution.

Elle se leva vivement, regarda l'heure, minuit et demi, et elle fut prise d'une grande inquiétude. Que s'était-il passé? Le médecin était-il venu? Elle écouta.

Un silence profond l'enveloppait.

Elle alla jusqu'à sa porte, l'ouvrit. Tout était désert. Pas une lumière dans les couloirs. Le château semblait endormi tout entier.

Si madame de Frémilly allait plus mal, on serait certainement venu la prévenir. Sa grand'mère dormait sans doute.

Son malaise était passé.

Cependant, pour se rassurer tout à fait, elle résolut d'aller écouter à la porte de la chambre de la baronne. Elle sortit sans bruit, traversa le couloir qui la séparait de sa grand'mère, et dans l'ombre, elle perçut une légère ligne de lumière.

Cette lueur passait sous la porte de madame de Frémilly.

On veillait chez celle-ci.

Une grande angoisse serra le coeur de la jeune fille.