—Vous ne savez pas?
—Je ne puis pas répondre des écarts où la passion peut entraîner.
—Déshonorer une enfant! briser une existence, car elle est perdue, maintenant, ma pauvre enfant. A quel avenir peut-elle prétendre avec ce bâtard, dont le père est mort? Et j'ai été si dure, moi, si cruelle avec elle! Mais pouvais-je supposer qu'il y avait des hommes capables de pareils attentats? Qui aurait prévu cela? Qui l'aurait imaginé? je croyais qu'il avait profité de l'ignorance de Laurence pour la tromper, pour la séduire; mais s'emparer d'elle à son insu, pendant son sommeil, quand elle était sans raison et comme inanimée, cela dépasse tout, monsieur; et l'homme coupable d'un semblable forfait est le plus méprisable et le plus indigne des hommes! Et, bien que ma petite-fille doive rester déshonorée, je ne regrette pas d'avoir chassé M. de Brécourt. Cette femme, en l'accusant d'une faute imaginaire, a servi la vengeance du ciel, qui voulait le punir, sans doute, de la faute réelle.
Elle cessa de parler.
Son regard était effrayant.
Elle leva vers le ciel ses mains amaigries et poussa ce gémissement:
—Ma pauvre enfant! Ma pauvre enfant!
Régulus la regardait sournoisement.
Toutes les imprécations sorties de cette bouche indignée à l'adresse de Jacques de Brécourt tombaient sur sa tête à lui, qui était le vrai coupable, à lui, qui avait commis le crime dont il accusait audacieusement un innocent.
Et c'était si odieux ce qu'il avait fait et ce qu'il faisait encore, et il en avait tellement conscience, à cette heure, en présence de la désolation de cette grand'mère, pleurant sur le déshonneur de sa petite-fille, qu'il en était, malgré son absence de tout sens moral, un peu effrayé.