—Mortellement.
—C'est un supplice pire que la mort que tu lui infliges en brisant….
—C'est ce qu'il faut, interrompit l'homme aux longs cheveux; et il ajouta férocement:
—Il ne souffrira jamais assez!
La femme ne répondit pas et suivit en silence l'homme dont elle venait de servir si utilement la vengeance.
IV
Pour Madame de Frémilly, la partie la plus dure restait à accomplir. Ce n'était pas de fermer sa porte à l'amoureux Jacques, mais de faire connaître sa décision à sa petite-fille. Bien qu'elle eût le coeur bon et compatissant, la douleur des hommes, dont elle avait conservé en son coeur la méfiance, à la duplicité desquels elle croyait toujours, la touchait peu. Mais déchirer elle-même, de ses propres mains, le coeur de son enfant adorée, de l'enfant dont elle aurait voulu, au prix de sa vie et de tout son sang, assurer l'absolue, la complète félicité, voilà ce qui lui coûtait, ce qui emplissait à l'avance son âme d'appréhensions et même d'une sorte de douloureuse terreur. Pourtant il le fallait. Il était nécessaire que Laurence ne revît plus cet homme.
Elle ne dormit pas, et dès le jour paru, dès que les domestiques furent éveillés, elle donna ses ordres. Elle fit tout préparer pour partir le matin même à la première heure.
Elle possédait un château dans le Poitou, un vieux et austère château, où elle allait quelquefois, à l'entrée de l'automne, passer un mois ou deux.
Elle allait s'y réfugier avec sa petite-fille.