Elle ajouta, toujours mentalement:
—Je vais la tuer!
Et elle hésitait à parler. Elle ne savait comment, par quels mots tendres, assez doux, annoncer le malheur à cette douce enfant, qui ne vivait, à qui la vie ne souriait que depuis qu'elle aimait.
Laurence, qui avait perdu de bonne heure son père, sa mère, avait eu une enfance triste.
Toutes ses affections, avant de connaître M. de Brécourt, s'étaient enroulées comme des lianes fleuries autour de sa grand'mère et s'y étaient attachées, formant un faisceau odorant et coloré.
Et elle n'avait aimé personne en dehors de sa grand'mère, jusqu'au jour où Jacques de Brécourt, tout radieux et tout triomphant, était apparu dans sa vie.
Alors le faisceau s'était dédoublé.
Une partie des lianes affectueuses s'était détachée et enroulée autour de Jacques sans que madame de Frémilly pût penser cependant qu'elle était moins aimée.
Elle l'était tout autant en effet, mais la somme d'affection que pouvait contenir le coeur de Laurence s'était dédoublée et Jacques de Brécourt n'avait pas eu la plus petite part.
Avant de connaître Jacques, la beauté de Laurence, pourtant déjà remarquable, avait quelque chose de languissant et de morne.