—Prie, et tu seras forte, et tu oublieras!
Mais Laurence ne savait pas prier. Si elle avait prié quelqu'un, c'est celui dont on la séparait, et dont l'image ne quittait pas son esprit, celui qu'elle aurait voulu haïr maintenant et mépriser, et qu'elle aimait toujours, et qu'elle appelait sans cesse. Celui sans lequel la vie n'était plus qu'ombre et tristesse, et dont l'amour avait empli de lumière sa jeunesse … lumière désormais obscurcie et qui ne brillerait plus pour éclairer l'insomnie de ses longues journées, qui seraient maintenant interminables et ténébreuses, et si vides!
VII
Le lendemain, Laurence ne se leva pas. Elle n'avait pas dormi de la nuit. Elle était brisée. Elle se sentait toute glacée dans son lit. Et, dès que le jour parut, elle sonna pour faire allumer du feu et chauffer sa chambre. La servante qui se présenta lui dit que le froid avait été plus vif que jamais, pendant la nuit. «Il a gelé à pierre fendre», expliqua-t-elle, employant une expression fort usitée dans le Poitou. Et quand elle tira les rideaux et qu'elle eut poussé les persiennes, le jour eut peine à passer tant les arabesques que la gelée avait sculptées sur les vitres étaient épaisses.
—Et il fait plus froid ici que nune part, ajouta la femme, une paysanne, car le vent arrive sur le château de tous côtés, et rien ne l'arrête. Il n'y a pas même d'arbres pour protéger les bâtiments. D'un côté, c'est l'étang, de l'autre la grande prairie, aussi unie, aussi plate que l'étang lui-même.
La femme avait bien envie d'ajouter:
—Je ne comprends pas que vous soyez venues vous geler ici, en cette saison.
Elle n'osa pas.
Elle se contenta, en allumant son feu, de continuer à geindre sur la rigueur de la température. Il y a trois jours, on avait trouvé un malheureux gelé dans un fossé. Il se dirigeait sans doute vers le château, mais il n'avait pas eu la force d'y arriver. Il avait été saisi par le froid.
Laurence n'écoutait pas.