—Je suis bien sûr, répondis-je en acceptant l'offre de l'étranger, que si le roi et la reine nous voyaient, plutôt que de nous blâmer, ils partageraient notre repas, rien que pour faire honneur à cette croix de Saint-Louis.

—La reine surtout, reprit mon homme en puisant de nouveau à la corbeille, elle est si belle... et si bonne.

—Oui, répondis-je, et cette croix est la meilleure preuve que Sa Majesté n'a pas mangé de ces gâteaux; cette croix, elle l'aurait vue; elle voit les malheureux de si loin!

—Et cependant, reprit l'amateur de petits gâteaux, vous voyez bien cette dalle de pierre; elle a cédé de deux pouces depuis que ce brave officier est venu se poser à cette place, pour la première fois.

Ainsi nous devisâmes, lui, l'officier et moi. Lui était affectueux, bienveillant et causeur, l'officier était simple et réservé, moi j'étais fort à l'aise en cette société d'honnêtes gens sans prétentions, et je trouvais les petits gâteaux excellents.

L'étranger était un causeur très-fin, et très-ingénieux; il courait après les plus imperceptibles nuances de la pensée et des objets extérieurs. Je ne saurais vous dire toutes les histoires dont il était le héros, il en avait de charmantes, à propos de rien. Par exemple, il nous montra ses gants, et il nous raconta comment il les avait achetés...—Dans une humble boutique éclairée à demi; le comptoir est tenu par une aimable et charmante femme aux yeux noirs, à la peau blanche, et qui sourit à merveille...

Ainsi la confiance allait s'établissant entre nous; j'étais tout oreille et le bon chevalier de Saint-Louis souriait doucement à sa corbeille à peu près vide... encore un gâteau, j'allais savoir toute sa vie... un importun qui descendait par le grand escalier et qui vint à moi, les bras ouverts, en me saluant de tous mes titres, emporta la confiance de ces deux hommes... Au premier salut du courtisan, le pauvre chevalier de Saint-Louis releva la tête, il prit sa corbeille des deux mains, et se retira lentement d'un air calme et résigné; l'étranger, le suivit, en me jetant un regard de reproche et de pitié.—Je les suivis longtemps des yeux l'un et l'autre, et quand ils eurent disparu, je sentis que je les aimais.

Je fus désespéré de les avoir perdus si vite.—Mon Dieu! Monsieur, m'écriai-je en parlant au courtisan, vous me tirez de la plus agréable conversation qui se puisse entendre: ces deux hommes sont vraiment d'honnêtes gens. Pourquoi donc votre aspect leur a-t-il fait tant de peur?

—Mais, reprit l'homme à l'habit, je l'ignore; on n'est pas fait, que je sache, à épouvanter ces messieurs: l'un est un pauvre diable qui a la rage, malgré la consigne, de faire son commerce sur les marches du château; l'autre, savez-vous qui est l'autre?

—Je voudrais bien savoir son nom, répondis-je avec empressement.