Émilie, était parmi nous, assistant avec un intérêt égal à nos luttes obstinées autour des petits mystères de l'esprit et du cœur. Quant à Fanny, elle n'avait pour nous tous qu'un sourire, une âme, une vie; elle était notre frère, notre ami, notre sœur, notre enfant, elle était... Fanny.
Je vis tout de suite, et d'un coup d'œil, comment d'un drame en prose fait pour la foule, applaudi par la foule, nous pourrions passer à quelque drame en vers, fait pour nous, par nous, applaudi, admiré par nous seuls.
—Je suis de l'avis de Prosper, et du vôtre, Émilie! le drame doit-être écrit en vers; avec cette différence: il y a le drame de la foule, et le drame de quelques-uns. Parlez, s'il vous plaît, parlez à la foule en prose; parlez-lui le premier langage venu, non pas le plus simple, mais le plus facile à entendre. Le drame intime, le drame du cœur, le drame personnel, appelle inévitablement la forme poétique: et, puisque nous sommes réunis, je suis sûr, vous, Amélie, et vous, Florence, que si vous vouliez, vous avez en réserve, en un coin de votre mémoire, plus d'un bel acte de tragédie écrite en vers, et dans lequel vous jouez le beau rôle! Or ça, voulez-vous que nous essayions de le construire, ce drame enfoui dans vos souvenirs? Vous êtes là quatre, jeunes et belles; faisons un drame en quatre actes; choisissez-le, et toi, Florence, commence, si tu veux commencer, avec la permission de Victor.
Florence regarda Victor! Il fut consentant à sa poésie; alors, d'un ton de voix si doux, qu'à peine on l'entendait, elle parla en stances égales, comme fait un enfant qui s'essaie à marcher:
Je t'aime! encor ce mot, tu ne peux t'en défendre,
Car ce n'est pas d'espoir que je te viens parler;
Mais je souffre: à tes pieds, laisse-moi donc répandre
Des larmes pour me consoler.
Je t'aime, tu le sais, et, lorsque dans ton âme
Cet amour dévorant arrive malgré toi,