Il la fit donc comparaître au bout de trois mois:
—Otez votre gant, dit-il, et levez la main.
Elle avait la main belle et la leva volontiers, jurant de dire toute la vérité, et se promettant bien de n'en pas trop dire. Alors commença l'interrogatoire. On voulait savoir pourquoi elle veillait si tard au chevet de Mme la duchesse du Maine. Elle répondit que c'était pour l'endormir.
—Pourquoi avait-on trouvé tant de livres dans sa chambre?
Elle répondit que c'était parce qu'elle aimait la lecture.
—Et pourquoi tant de papier déchiré?
C'étaient des bagatelles qu'elle avait composées et dont elle ne se souciait plus.
Puis elle fut reconduite à son séquestre, et, quelque peu rassurée, elle trouva que son état était assez doux, à tout prendre. Elle était prisonnière, il est vrai, mais elle était loin des caprices, des violences et des volontés de sa douce maîtresse; elle avait brisé le joug des petites voix qui faisaient le tourment de sa vie; elle avait fait de sa servante une amie, et pour compagne elle avait une jolie chatte que le gouverneur lui avait donnée étant petite, et qui avait fait bien des petits. Puis, le soir venu, elle n'était pas forcée à jouer la comédie, à manier des cartes, et elle se couchait quand elle voulait dormir.
* * * * *
Cette conspiration de Cellamare, qui eût fait tomber plus d'une tête sous la hache inexorable du cardinal de Richelieu, devint bientôt, entre les mains bienveillantes de M. le régent, une entreprise assez ridicule, et plutôt faite pour amuser les oisifs que pour occuper les hommes d'État. M. le régent se contenta du nouvel abaissement imposé aux princes légitimés, et quand on lui rapportait les vociférations de Mme la duchesse du Maine, il en riait volontiers, acceptant les douleurs de la princesse en dédommagement des humiliations qu'elle lui avait fait subir dans le salon de Mme de Maintenon.