—Raison de plus, mon bourgeois, si le cadavre est à vous, reprenait le fossoyeur; puis, retournant la tête: Il se fait tard, dit-il, ils ne peuvent manquer d'arriver bientôt.
En effet, je vis de loin venir lentement une lourde charrette; un voiturier à pied la conduisait; deux hommes étaient assis sur la banquette de devant, les bras croisés; on les eût pris pour deux garçons bouchers arrivant de l'abattoir. Au milieu de la charrette on pouvait distinguer confusément quelque chose de rouge et représentant grossièrement un corps humain; c'était le panier destiné à recevoir le cadavre du condamné, quand justice est faite.
Arrivé à la porte du cimetière, un des hommes mit pied à terre; le fossoyeur, la casquette à la main, vint pour l'aider; pendant que l'homme qui était resté sur la charrette tenait la corbeille, les deux autres la recevaient dans leurs bras; le fardeau était moins lourd qu'embarrassant; ils le laissèrent maladroitement tomber à mes pieds; la terre fut arrosée de quelques gouttelettes sanglantes; j'étais assis à moitié contre la borne, et je voyais tout cela confusément comme dans un songe.
Un des valets s'approcha de moi:
—C'est vous, me dit-il, que j'ai vu ce matin chez Monsieur?
—Moi-même; que me voulez-vous?
—Comme vous avez réclamé le corps de la condamnée, Monsieur a pensé que vous étiez peut-être son parent, et que vous ne voudriez pas qu'elle mourût insolvable; il m'a donc chargé de vous remettre la petite note que voici:
Je pris la petite note; elle était faite comme toutes les autres petites notes, comme une note d'épicier ou de marchande de modes, sur de beau papier blanc, en belle écriture; je la lus lentement, en homme qui voulait bien payer, mais qui ne voulait pas être trompé.
Voici la note littéralement copiée: