Mais, voilà, on n’ose pas! Les directeurs s’en tiennent aux demi-mesures, recherchent les mauvais auteurs sans aller jusqu’aux pires, demandent les vers plats sans oser les vers faux, les maladroits au lieu des nuls, les amateurs, des hommes, il est vrai, sans dotation naturelle, mais pleins de bon vouloir, qui parfois même exercent fort convenablement un art ou une profession, et qui, dans leur partie, sinon dans la nôtre, ont des notions du bien et du mal, ce qui est déjà trop!

Parlons franc: celui qui réaliserait aujourd’hui le chef-d’œuvre du drame en vers, c’est l’auteur de café-concert.

Mais on ne se risque pas jusqu’à lui. On s’arrête en route. C’est un tort. Il est attendu: c’est le Messie du public moderne.

Me voici au bas de la page et je n’en veux pas commencer d’autres: je vous serre la main, cordialement,

Edmond Haraucourt.


M. Georges Rodenbach

dit ses vérités à la foule:

Mon cher Huret,

Je rentre de voyage et suis bien en retard pour vous envoyer l’avis que vous me demandiez sur quelques questions de théâtre, par exemple le drame historique et le drame en vers. Certes, on ne saurait trop leur ouvrir de nouveaux débouchés. Ils sont la plus haute forme, le grand art en matière dramatique. Mais ce qui manque, me semble-t-il, ce ne sont point les scènes ni les interprètes, puisque le Théâtre-Français, en tous cas, demeure, incomparable.