La messe et la cérémonie furent très courtes, M. l’abbé Odelin prononça un délicat et touchant petit discours dont voici la jolie péroraison:
«Vous, mademoiselle, vous avez trouvé dans l’affection vigilante d’une mère toute dévouée, dans l’affection douce de deux sœurs bien-aimées la sauvegarde de votre cœur. C’était dans la paix d’une famille respectable que vous récoltiez le bonheur que ne vous donnaient pas les applaudissements et les plus beaux triomphes.
»Et, pour que l’union soit complète, pour que l’accord de vos âmes réponde à celui de vos cœurs, vous avez voulu avoir l’unité de croyance comme l’unité d’affection. Vous la demandiez hier à l’Eglise catholique vers laquelle vous vous sentiez depuis longtemps attirée.»
Allusion discrète à l’abjuration du protestantisme que la jolie schismatique anglicane avait prononcée, l’avant-veille, devant M. l’abbé Odelin ravi de la bonne volonté et de la ferveur de sa cathéchumène.
A midi et demi, tout était fini. Un déjeuner intime, servi à l’hôtel de Mme Terry-Sanderson, réunissait une vingtaine de personnes. Et ce matin les deux époux ont dû s’envoler vers les plages méditerranéennes.
On va se demander si la nouvelle épousée a renoncé définitivement au théâtre? Ce n’est pas probable... Car, il y a quinze jours ou trois semaines au plus, elle se trouvait dans le bureau de M. Carvalho qui lui remettait un engagement en blanc qu’elle promettait de signer bientôt. Son rêve, à ce moment, était de créer à Paris les Pagliacci de Leoncavallo.
Elle m’en téléphona elle-même la nouvelle que je publiai le lendemain. Son futur l’accompagnait ce soir-là à l’Opéra-Comique. Elle va donc prendre un semestre de congé, travailler le contre-sol aigu qu’elle donnait dans Esclarmonde, il y a six ans, et revenir à Paris, la saison prochaine, pour l’inauguration de la nouvelle salle Favart!
PETITE ENQUÊTE SUR L’OPÉRA-COMIQUE
Au lendemain de la mort du regretté Carvalho, directeur de l’Opéra-Comique, il n’était pas sans intérêt de s’informer près des musiciens dramatiques notables de Paris—ceux d’hier et ceux de demain—de leurs vues sur ce que doivent être les tendances de ce théâtre subventionné.
Nous avons donc adressé à quelques-uns des principaux compositeurs français le questionnaire que voici, auquel ils ont tous répondu avec empressement.