Je cause de tout cela avec Rostand, pendant que, le coude appuyé sur un angle de la cheminée de sa loge, elle répète, en les martelant comme pour mieux les fixer dans sa mémoire, les vers des «rajouts» du cinquième acte qu’elle ne sait pas encore bien.
Soudain elle l’appelle. Un vers ne va plus, à la suite d’une coupure. Rostand prend un chiffon de papier, va s’asseoir sur le coin d’une table, déplace les fourchettes et les cuillers du couvert qu’on vient de dresser et se met là à fabriquer la soudure.
Le régisseur vient appeler:
«Quand Madame voudra... Le décor est prêt
—C’est bien.»
Et, la cravache à la main, en bottes vernies et éperonnées, voilà Napoléon II, le sourire de la confiance sur les lèvres, qui monte en scène.
«Jamais, me dit Rostand en la regardant partir, jamais elle n’aura été plus belle. Elle apporte à ce rôle une vie, une jeunesse, un charme, un rayonnement véritablement merveilleux.»
Dans ma mémoire, passe la vision du paysage d’avril, les lilas, les grands arbres, la pluie tiède, et j’entends la voix despotique me répéter à trois reprises:
—Faire ce qu’on veut!