Et voilà autant de choses qu'il est bien difficile d'expliquer dans de simples lettres et même dans un ouvrage quelconque de bibliographie. Tout ce que l'on pourra écrire en théorie sur ce sujet sera toujours fort incomplet, mais aura cependant l'avantage de mettre les jeunes ou les nouveaux amateurs en garde contre l'envahissement des ouvrages sans mérite.

Vous, mon ami, par exemple, qui m'avez tant prié de vous écrire mes conseils, vous ne serez certes pas, après les avoir lus, un aigle en bibliographie; mais un peu d'étude et d'habitude aidant, vous pourrez arriver, en appliquant les idées que je vous aurai transmises, à connaître suffisamment les livres pour vous former une bibliothèque assez bien choisie.

En général, pour ce qui concerne la qualité du texte de telle ou telle édition nouvelle, on s'en rapporte à l'opinion des critiques éclairés qui ne manquent pas de rendre compte dans leurs journaux de chaque livre qui paraît. De même, pour les textes d'éditions anciennes, on peut consulter les recueils de critique littéraire du temps, quand on les a sous la main, ou, lorsqu'on n'a pas la facilité de se les procurer, prendre l'avis des bibliographes modernes, qui ont condensé dans des manuels spéciaux la substance de ces critiques. Il est encore bon très souvent de s'en rapporter à la tradition, car le public est un excellent juge et les idées qui se transmettent de génération en génération, aussi bien sur des ouvrages littéraires que sur des faits historiques, reposent ordinairement sur des bases sérieuses.

Je suis encore d'avis qu'après avoir pris conseil de ces différents côtés, on s'en rapporte définitivement à soi-même, à son goût personnel, pour choisir entre les bons ouvrages, en éditions belles et correctes, ceux qui conviennent le mieux à ses idées personnelles, à son tempérament, à ses lectures de prédilection.

Dans mes prochaines lettres, je tâcherai de vous indiquer, tout en flânant, quelques ouvrages utiles à consulter, et j'essaierai de vous dire quel serait à peu près le choix que je ferais pour vous, si j'avais la mission de vous composer une bibliothèque en rapport avec les goûts que je vous connais.

Sur ce, mon cher ami, je vous laisse en paix, à «vos chères études», et je forme pour vous le souhait de Dupuis et Cotonet: «Que les Dieux immortels vous assistent et vous préservent des romans nouveaux,» car vous n'y trouverez pas grand'chose de bon.