—Pour y vivre ?
—Non ! pour y apprendre la langue russe.
—Est-ce que vous comprenez ce que je dis ?—(Notez que toute la conversation avait lieu en russe et que je la répète textuellement !)
—Mais oui, vous le voyez bien ; seulement, je veux mieux apprendre encore ; j'ai là-bas des élèves et je leur enseignerai votre langue.
—Saint Hilarion ! saint Ignace... Alors, là-bas, ils ne comprennent pas le russe ? Que parlent-ils donc ?
—Le français !
—Ah ! le français !... Paris !... murmure le moine blond tout pensif ; et il continue à m'énumérer, sans autre commentaire, les tombeaux des saints.
A la sortie, tandis que je dépose mon offrande dans l'assiette surveillée par un moine gras, mon compagnon a le temps de raconter que je viens de Paris. Ce nom, sans doute, réveille dans leur esprit à tous deux des souvenirs confus, de choses entendues ils ne savent où ; en tout cas, ce doit être loin, ce Paris d'où je viens, car je ne parle pas comme les gens d'ici. Le gros moine, toutefois, ne veut pas laisser voir sa surprise ; il veut montrer qu'il s'intéresse à ce pays. Il me dit :
—Vous venez de Paris ! comment ça va-t-il là-bas ?
—Mais ! ça va bien !