Et il se disposait à se retirer, lorsqu'une grand'mère cygne, qui se reposait sur la rive, l'interpella:
«Hep! mon enfant, d'où viens-tu et comment t'appelles-tu?
—Je viens de la basse-cour, madame, et je m'appelle canard. Je suis parti parce que mes camarades me trouvent trop laid et ne veulent pas jouer avec moi.
—Pauvre petit! dit la mère-grand. Le fait est que tu n'es pas bien joli, mais cela vient de ce que tu es fatigué et triste. Attends un peu que je t'examine. Tu me rappelles un petit-fils que j'ai perdu... Oui, il n'y a aucun doute là-dessus, tu n'es pas du tout un petit canard, tu es bien un cygne. C'est la fermière qui a dû glisser un de nos œufs parmi les œufs de cane; et celle que tu as prise pour ta mère n'était que ta couveuse. Pauvre petit orphelin, viens sur mon cœur!»
Puis la grand'mère appela tous les autres cygnes, et elle leur raconta l'histoire du vilain petit canard.
«Il n'est pas si vilain que ça,» dirent les cygnes.
Et un monsieur cygne, avec un magnifique plastron blanc et de beaux pieds vernis, déclara:
«Qu'il reste parmi nous, et dans trois mois je lui donne ma fille en mariage.»