—Oh! pour sûr que sa question n'était pas indiscrète!
C'est effrayant, n'est-ce pas? À huit ans! Voici, pour vous remettre, un vrai mot d'enfant, de bon petit enfant pareil à ceux d'autrefois, un mot de Suzon, une de mes petites amies, qui a sept ans. Sa mère lui apprenait l'arithmétique, et on en était aux exercices sur la soustraction:
—Si tu as huit pommes et que tu m'en donnes trois, combien en reste-t-il?... Si la fermière a vingt poules et qu'elle en vende neuf ... etc.
Tout à coup Suzon eut une idée:
—Écoute, maman.
Et, clignant de petits yeux pleins de malice, étouffant de rire, toute cramoisie de la bonne farce qu'elle faisait à sa mère, elle lui posa cette question dont je vous prie d'admirer l'étonnante fantaisie et le tour déjà tintamarresque et chat-noiriste:
—Si j'ai cinq-z-yeux et que tu m'en creuves six, combien qu'i' m'en reste?
Paris, 3 octobre.
La pauvre Amiati, la chanteuse de l'Eldorado qui vient de mourir, ne faisait pas, comme Victorine Demay, la joie des lettrés, des curieux, ni des membres des classes dirigeantes. Elle n'avait pas été, elle, présentée à M. Renan. Mais elle ravissait, elle enthousiasmait la vraie foule. Notre grosse Demay fut «à la mode»; la pâle Amiati était «populaire».