Non, voyez-vous, pour les grâces et les gentillesses du discours, pour la noblesse des périphrases et pour la finesse capillaire des allusions, pour toute cette rhétorique à la Thomas, c'est encore M. Rousse qui a le pompon. Savourez-moi ceci (pour dire que M. de Vogüé, ayant épousé une Russe, a été amené à s'occuper beaucoup de la Russie dans ses livres):
«Un hasard de chancellerie vous y a conduit (en Russie). Votre cœur y a fixé votre vie; votre esprit y a suivi votre cœur.»
Hein! est-ce «envoyé»?
Encore une devinette, pour finir:
«Il y a dans Paris une docte et illustre maison, amie sévère des lettres, dont l'hospitalité prudente ne s'ouvre qu'à de rares élus. Il faut être déjà célèbre pour y venir chercher la célébrité. De loin en loin, un heureux hasard y laisse entrer furtivement un nouveau venu. Puis la porte se referme en silence:
Et tout rentre au sérail dans l'ordre accoutumé.»
Et ça continue sur ce ton! Nous apprenons que, fort heureusement, M. de Vogüé avait rapporté d'Orient le talisman d'Aladin, les paroles magiques qui font tomber les portes des harems et des palais enchantés, qu'à sa voix les dragons de la fable se sont évanouis en fumée, etc.
Quelle peut bien être cette maison, ma cousine?
J'avais d'abord songé à la Revue des Deux-Mondes. Mais M. Rousse n'aurait jamais eu le mauvais goût de la comparer à un «sérail». Au reste, il nous dit qu'elle ne s'ouvre qu'à de rares élus; cela non plus ne saurait s'appliquer à la Revue des Deux-Mondes, car, s'il n'y a pas plus de trois mois qu'elle s'est avisée de l'existence de Loti et de Maupassant, et si elle ferme soigneusement sa porte à Alphonse Daudet, à Bourget et à France, elle l'a toujours ouverte à deux battants aux Tartempions qui avaient de l'assurance, de l'entregent, des opinions convenables, une position ou un parentage.
Vous voyez bien que ce n'est pas la Revue des Deux-Mondes.