Certes le spectacle que la jeune fille avait sous les yeux n'avait rien de séduisant, et en la voyant s'arrêter hésitante sur le haut de l'escalier qui conduisait au fond de la cave, on eût dit une exilée d'un monde céleste, regardant curieusement l'antichambre d'un lieu infernal.

Elle écouta. Pas un bruit. Elle était seule. Certes, elle ressentait bien une certaine crainte; mais la curiosité était si forte! si souvent elle avait désiré pénétrer dans ces salles hermétiquement fermées! Bref, elle se décida… La voici, hasardant un pied, puis l'autre, toujours l'oreille au guet… Elle se trouvait enfin au laboratoire. À cet instant, Truphêmus et Aloysius commençaient à rire.

Netty regardait autour d'elle. Tous ces objets nouveaux l'embarrassaient au plus haut point. Ce n'étaient que bonbonnes, que cylindres, que matras. Les mélanges les plus bizarres remplissaient les flacons de verre. Puis l'immense fourneau sur lequel mijotaient des préparations nouvelles, mélanges, amalgames ou combinaisons encore inachevées… Elle sauta devant le tableau dont les boutons indicateurs correspondaient aux moteurs de chaînes. Elle approcha sa main, puis la recula, puis enfin toucha rapidement les divers boutons, comme elle eût fait sur le clavier d'un piano… Mais aussitôt elle recula en poussant un cri d'effroi…

Toutes les mécaniques étant mises en jeu simultanément, les chaînes grincèrent, les poulies tournèrent follement, le système des contrepoids, perdant leur équilibre, n'agissait plus, les caisses descendaient avec une rapidité vertigineuse, puis remontaient d'un vigoureux élan, comme si elles eussent acquis une force nouvelle.

Netty courait, et, comme un oiseau qui a pénétré dans une chambre par une fenêtre entr'ouverte, se heurtait à tous les coins, à tous les angles. Elle trébucha, se retint à quelque chose… C'était le moteur de la grande machine électrique. Et voilà que l'immense disque de verre se mit à glisser entre des coussins… Un torrent d'étincelles s'échappa dans l'air comme un faisceau d'étoiles, avec un crépitement toujours plus fort.

Netty est affolée. Elle veut fuir… elle veut parvenir à la porte; mais elle heurte tout sur son passage: cornues, flacons, alambics, bonbonnes se brisent… les liquides se répandent, les gaz reprennent leur liberté.

Alors les combinaisons les plus inouïes se réalisent… les éléments chimiques sont en présence… c'est la lutte des forces essentielles de la nature.

Les caisses montent et descendent toujours, secouant les malheureux, dont l'un était venu chercher le bonheur dans Quiet-House.

Aux lueurs étranges et sans cesse changeant de teintes, Netty court encore…

L'asphyxie la saisit à la gorge et la terrasse…