Un matin—il y avait bien longtemps que j'avais perdu la notion du temps—j'entendis des pas auprès de mon lit. Oui, c'étaient bien des pas. J'avais souvent perçu ce bruit, mais jusque-là il m'avait semblé que c'était le choc d'un moulin dans l'eau. Cette fois je sus que c'étaient des pas.
J'ouvris les yeux et je vis une figure devant moi, placide et souriante.
Je reconnus le docteur Gresham.
—Eh bien! me demanda-t-il, comment vous trouvez-vous?
—Je me retrouve, lui dis-je.
En effet, il me parut que j'opérais ma rentrée dans un monde quitté depuis longtemps, et que je reprenais la perception d'un moi que j'avais oublié. J'appris alors que pendant tout un long mois j'avais été entre la vie et la mort. Cette expression me paraît juste. Oui, j'étais réellement à égale distance de ces deux états, qui sont l'un et l'autre une plénitude. Je ne vivais pas, car je ne savais pas. Je n'étais pas mort, puisque je n'avais pas le repos. C'est bien cela. Entre les deux. La vie me jetait des échos dans le demi-silence au delà duquel m'entraînait la mort.
Foin de la force humaine! Un méchant éclat de bois suffit à détraquer l'organisme, et de cette pensée dont nous sommes si fiers, un pauvre petit choc a si vite raison!
Je ne mourus pas.
Mais pourquoi avait-on appelé auprès de moi le docteur Gresham? Ce fut la première idée qui traversa mon esprit. Ce n'est pas un médecin ordinaire que le docteur Gresham. Voyons! rappelons-nous donc quelle est sa spécialité? Cet effort me fatigue, mais peu importe! il faut que je me souvienne.
Et pendant l'abattement qui succède à ce premier effort de la vitalité renaissante, je rumine cette question! Qu'est-ce que le docteur Gresham?
Ah! voilà, je me souviens! malédiction! Est-ce que?… moi, allons donc, ce n'est pas possible. Je suis trop maître de ma pensée pour qu'elle ait pu m'échapper à ce point…