—Imbécile, qui ne sait pas que le delirium tremens n'est qu'une combustion.
XXI
Non, je ne dirai rien. Oh! j'y suis bien décidé maintenant. Il était temps que j'apprisse cela. Car la vérité m'oppressait. J'étais tenté de crier «Je ne suis pas fou!» Mais aujourd'hui je veux, je veux, entendez-vous, qu'on me croie fou. Je veux qu'on me transporte au Lunatic Asylum… car, tout à l'heure, pendant qu'il causait, tandis qu'il croyait que le fou ne pouvait l'entendre, il a dit… oh! j'ai bien entendu, plutôt ne pas entendre, dans ma tombe, la trompette au jour du jugement—il a dit que Golding avait été sauvé, seul, et qu'il était fou…
XXII
J'ai manoeuvré; et, de fait, ce n'a pas été très difficile. Je n'ai eu qu'à me montrer tel que je suis réellement; ils se sont persuadés de plus en plus que j'étais fou. J'ai tremblé un instant qu'on ne voulût, en ma qualité d'homme riche, me soigner chez moi. Par bonheur, l'avarice du docteur Gresham a été plus forte que les remontrances de mes amis. L'honnête homme préfère m'avoir sous sa main, pour mieux m'exploiter. En vérité, je ne puis lui en faire un crime; car pour quelques centaines de dollars de plus que je dépenserai, j'aurai du moins obtenu ce que je désire depuis si longtemps.
Enfin, je ne suis plus si faible, et je puis être transporté. Oh! quelles précautions sont prises! On veille sur moi comme sur un enfant terrible. Si j'allais m'échapper! Si ma folie allait prendre tout à coup un caractère violent! On s'efforce de m'amadouer. On me parle d'une promenade à la campagne, dans le but—l'unique but—de réparer mes forces. Comme ils auraient peur, s'ils pouvaient se douter que je sais tout, que je n'ignore point que c'est à l'hôpital des fous qu'on me conduit. Imbéciles! je vous laisse jouer devant mes yeux votre ridicule comédie, parce qu'il me plaît—à moi—d'aller à votre hôpital. J'y vais parce qu'il me convient d'y aller, entendez-vous bien! N'ont-ils pas discuté entre eux tout bas—mais j'entends tout—s'il n'y avait pas lieu de m'attacher les bras dans leur vêtement infâme? Par bonheur, ils ont renoncé à ce gracieux projet. Je dis, par bonheur, car je me serais peut-être trahi.
Nous voilà partis… Qu'est ceci? je rencontre sur mon passage des voisins qui gémissent et se détournent pour pleurer. Ah! ah! quand je disais que tout cela était du pur grotesque! Pleurez, pleurez, tandis que mon âme, à moi, rit à gorge déployée.
On s'est arrêté devant le Lunatic Asylum. J'ai feint de ne pas m'en apercevoir. Il me tarde que toutes ces formalités préliminaires soient accomplies. Voici: nous passons sous des voûtes, dans une espèce de greffe; le sous-directeur, un gros homme réjoui, vient me recevoir des mains du tout-puissant directeur, docteur Gresham. Un clignement d'yeux est adressé au docteur par ce personnage. Il signifie—cela est aussi clair que si les mots étaient prononcés:—Ah! c'est là cet excellent client! Car je suis accueilli avec tous les égards que l'on doit à une bonne affaire. Je représente un capital de… auquel d'habiles saignées devront être pratiquées. Donc, je suis respectable au plus haut point.
Le sous-directeur daigne me conduire lui-même à mon appartement. J'ai un appartement, s'il vous plaît, dans le pavillon le plus élégant, une chambre à coucher, un parloir et un cabinet. Ah! ce cabinet m'a fait une fâcheuse impression. C'est là que sont disposés—comme des instruments de torture—les appareils hydrothérapiques. Les douches glacées! Bast! puisque je suis fou. J'ai des fenêtres grillées, qui donnent sur un magnifique jardin… à peine entré, j'y jette un coup d'oeil…
J'aperçois un homme qui se promène, seul, la tête penchée.