Mme Duméril demeurait dans une de ces grandes maisons de la rue de Sèvres qui ont encore conservé les allures hautaines du faubourg Saint-Germain: large porte, large escalier, larges fenêtres, plafonds élevés, de l'air et de la lumière à profusion; au fond, un jardin. Elle occupait un appartement au deuxième étage, ayant vue sur le jardin.
Maurice demanda au concierge si la veuve était chez elle, et sur la réponse affirmative qui lui fut faite, nous montâmes rapidement. Une servante nous introduisit dans un salon modestement, mais confortablement meublé. Mme Duméril nous reconnut et nous accueillit gracieusement, quoique on pût lire sur son visage une certaine surprise.
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C'était une femme de trente ans environ, un peu grasse. Son teint était d'une blancheur de lait, la joue agréablement rosée, l'oeil brillant et doux à la fois; ses cheveux blonds semblaient abondants. En somme, c'était une très gracieuse et, selon l'expression consacrée, une très appétissante personne.
—Madame, lui dit Maurice après que les politesses d'usage eussent été échangées, pardonnez-moi l'indiscrétion de ma demande; mais est-il vrai que vous soyez sur le point d'épouser M. Lambert?…
—Mon Dieu, monsieur, répondit la veuve en souriant et en découvrant deux rangées de dents d'une admirable blancheur, il ne peut y avoir là aucune indiscrétion, puisque nos bans sont publiés…
—Alors, j'abuserai encore de votre complaisance en vous demandant si M.
Lambert ne doit pas venir aujourd'hui chez vous à trois heures…
—En effet, monsieur…
—Mme Gérard est ici, n'est-ce pas? continua Maurice, poursuivant son interrogatoire.
—Oui, monsieur, fit un peu sèchement Mme Duméril, qui commençait à s'étonner de ces questions multipliées.