«Puis ils ajustent le couvercle et serrent les vis qui l'adaptent au corps du cercueil.

«Ils se retirent en disant: Dans une heure.

«Ils sont partis. J'écoute à la porte si leurs pas s'éloignent. Puis je m'élance vers un petit meuble, j'ouvre un tiroir, je saisis un tourne-vis, et rapidement je donne deux tours… le couvercle est soulevé d'un millimètre… Oh! d'un millimètre à peine. C'est assez… l'air circulera.

«Une heure après, dans la chapelle du parc, où se trouve un caveau souterrain, le cercueil est placé auprès de celui qui renferme les restes de la femme qu'il a aimée.

«Les nombreux amis s'éloignent, après m'avoir serré la main en m'adressant d'excellentes paroles de consolation…

«Je suis seul… enfin! Je suis maître, je me sens grandir… toutes les forces vitales se doublent en moi… Je vais me venger!

XXXVII

«Il y a six heures que le cadavre… a été renfermé dans le caveau… six heures! La crise a commencé il y a justement trente-deux heures… Comme j'ai bien calculé! Il y a cette nuit même dix ans que je pleurais et me rongeais les poings. Au jour de l'échéance, je suis venu… et je vais être payé… je tiens mon débiteur et je serai créancier impitoyable. Je jure que je ne lui ferai pas grâce d'une obole.

«Trente-deux heures. J'ai encore huit heures devant moi. La nuit est venue, je me promène dans le parc, seul, bien seul. Tous les domestiques sont congédiés… je veux que personne ne puisse troubler notre lugubre tête-à-tête.

«Je rôde comme un malfaiteur autour de la chapelle. Il est là, dans sa mort profonde, ignorant et inconscient. Moi, je vis, mais que cette vie est lente! Que je voudrais abréger ces instants, si longs au gré de mon impatience!…