«J'ai bien entendu… Voilà la troisième fois qu'il crie!
«Oh! je le savais bien, lorsque je lui ai inoculé le poison! Je savais bien qu'il se réveillerait, mais trop tard, lorsque la science l'aurait frappé de son verdict de mort, lorsque tous auraient pleuré sur lui, lorsque tous se seraient éloignés, lorsqu'il m'appartiendrait tout entier et à moi seul.
«Ah! tu espérais être mort! Tu croyais que tout était fini pour toi!… Non, tu es vivant, bien vivant, et tu es enterré!… comprends-tu?… tu es enterré vivant… seul, je le sais, je suis là pour achever l'oeuvre. En ce moment tu t'éveilles. L'engourdissement serre encore ton cerveau; tu n'as pas encore compris, mais tu sens une lourdeur insupportable peser sur tout ton être… c'est la lourdeur du linceul serré autour de toi. Tu as voulu l'écarter de tes bras, dans un mouvement convulsif, et tes mains se sont heurtées à quelque chose… ce quelque chose, c'est le cercueil…
«Tes yeux n'ont rencontré que l'obscurité, tu as levé la tête, et ton front s'est heurté au couvercle de la bière… c'est alors que tu as crié: Ha!
«Ce Ha! c'est la révélation, c'est la lumière qui se fait, c'est le frissonnement horrible dans tout ton être… c'est cette pensée qui te cingle le cerveau comme un coup de fouet…
«Enterré vivant!
«… Et c'est le début de mon oeuvre sinistre.
XL
«Premier mouvement: La terreur, terreur effroyable, immense… être enterré vivant. Au réveil, comprendre cela et se dire: Je suis perdu: je vais périr lentement, misérablement, dans des tortures indicibles, paralysé, étouffé… la faim va crisper mes entrailles… Se souvenir que des êtres, précipitamment inhumés, se sont rongé les bras, et frémir tout entier à cette hideuse pensée…
«Deuxième mouvement: La résistance folle, irraisonnée… la protestation contre cette hideuse erreur… protestation de la pensée, protestation de la chair… se débattre instinctivement, sans raisonner, chercher à arracher le suaire, à briser le cercueil… Folie, impuissance.