R.—Oh! plusieurs fois; mais, vous savez, pour des bêtises. D'abord, il y avait Beaujon qui me faisait toujours des scènes et se moquait de moi.

LE PRÉSIDENT, à l'accusé.—Il y a loin de ces affirmations à vos déclarations d'indifférence.

BEAUJON.—La malheureuse ne comprend pas l'importance de ses paroles.
Elle me charge sans le vouloir.

LA GANGRELOT, vivement.—Comment! Comment! Je ne comprends pas! Pourquoi dis-tu toujours que je ne suis qu'une bête? Je suis aussi maligne que toi, et, de plus, je n'ai tué personne.

Le président l'invite au calme, puis poursuit cet interrogatoire, d'où il semble ressortir que Beaujon lui a souvent témoigné une jalousie exagérée. Quant à Defodon, il était très doux et n'a jamais prononcé une parole malsonnante.

La fille Gangrelot va s'asseoir au banc des témoins, très satisfaite d'elle-même et paraissant attribuer à la sympathie qu'elle inspire les marques de curiosité railleuse de l'auditoire.

VI

Plusieurs témoins sont encore entendus. Mais ils ne font que confirmer les détails consignés dans l'acte d'accusation au sujet des propos tenus par Beaujon.

Deux dépositions ont le privilège de réveiller l'attention. On appelle
M. Defodon père.

M. Defodon est un vieillard, de taille moyenne, mais d'une maigreur effrayante. Il est atteint d'un tic nerveux auquel son émotion donne évidemment une force nouvelle. Sa tête et ses mains tremblent continuellement, il ne peut se tenir sur ses jambes. On est obligé de lui donner une chaise. Il parle à voix basse et par saccades.