»Et la misère venait! Larve hideuse, elle m'enserrait de ses deux bras qui étouffent et navrent! Dans cette mansarde dont les murs délabrés criaient, par toutes leurs lézardes, les tortures de la pauvreté, je me sentais glacé. En vain, je faisais appel à mon courage, à toutes les exhortations du passé. Il m'était impossible de me dominer. En dépit de moi, cette femme me tenait comme ces stryges des légendes qui embrassent et emportent les enfants!
»A mon cœur montaient le dédain, le mépris de mon être. A quoi étais-je bon? A quoi étais-je utile? De mon père je ne savais rien. Ma mère, je l'avais tuée, car c'était pour moi et à cause de moi qu'elle était morte!
»Alors, inutile aux autres et à moi-même, je n'avais plus qu'à disparaître.
»Ce qui me décida fut ceci. Une dernière fois je m'interrogeai, la question était ainsi formulée:
»—Si le Ténia t'appelait, irais-tu?
»Voyez, je disais déjà le Ténia, c'est-à-dire que j'acceptais la renom monstrueux qui s'attachait à cette femme.
»Le Ténia! c'est-à-dire cette mucosité sinistre et rampante qui s'agglutine aux entrailles, les ronge, les serre, les anéantit, qui de l'homme fort fait un squelette, qui tue la force, détruit l'énergie...
»Le Ténia! épouvantable étrangeté devant laquelle hésite encore la science:
»—Si elle t'appelait, irais-tu?
»Et je répondais: