»—Est-ce un bon sujet?
»—Un excellent garçon et un bon travailleur.
»—Tant mieux. Il vaut mieux que les bienfaits soient bien placés. Son père est mort et m'a chargé de lui remettre une forte somme. De plus, il lui a posé, par testament, certaines conditions que, du reste, le jeune homme acceptera de grand cœur, j'en suis persuadé.»
—Dame, tu comprends si j'étais tout oreilles. Un héritage qui te tombait du ciel! Quelle chance! Ma foi, je n'ai pas pu tenir ma langue et j'ai questionné, questionné; je voulais surtout savoir le chiffre de l'héritage. Était-ce dix mille, vingt mille? Le M. Mancal riait toujours en répétant: «Mieux que cela! mieux que cela!...» J'aurais voulu savoir aussi le nom de ton père, mais il paraît que j'étais trop curieux. L'homme d'affaires m'a même dit assez carrément que je me mêlais de ce qui ne me regardait pas. Enfin il a fini par me dire qu'il t'attendait aujourd'hui même, entre midi et une heure. Il m'a remis son adresse... et puis ceci....
Et avec un large sourire qui montrait ses dents de loup, pointues et presque effrayantes, Biscarre agitait devant les yeux du jeune homme un billet de mille francs.
—Mille francs! pourquoi faire? s'écria le malheureux fasciné.
—Parbleu! pour te requinquer un peu. J'ai bien compris que ce beau monsieur n'avait pas envie de te voir arriver chez lui habillé comme un mendiant. Ça a son orgueil, les hommes d'affaires.
—Mais ces conditions dont il parlait!
—Ah! te voilà aussi curieux que moi. Faut de la patience. Il t'expliquera ça, à toi tout seul. Tu comprends, il faut obéir à la volonté de ton père: j'ai admis ça tout de suite. Du reste, j'ai dit que je te consulterais, et tu es libre de refuser. Au fond, il vaut peut-être mieux pour toi de rester ouvrier; on ne t'ennuiera pas toujours, et tu éviteras bien des tracas.
Disant cela, Biscarre fixait sur sa victime ses yeux brillants d'ironie.