Elle lui tendit la main. Il s'inclina, et par un mouvement inconscient, il saisit cette main et y appliqua ses lèvres.... Elle ne la dégagea pas... un frisson parcourut les veines du jeune homme.... Un instant après, à demi fou, la fièvre au cerveau, il s'élançait hors de l'hôtel.

—Eh bien, mon cher allié, dit la Torrès à Mancal, êtes-vous content de moi?

Avant d'aller plus loin, il nous faut expliquer en quelques mots comment Jacquot, l'ouvrier, était devenu tout à coup la comte de Cherlux. Rien de plus simple, d'ailleurs. Le véritable comte de Cherlux était un de ces viveurs tarés qui, après avoir abusé de toutes les jouissances, descendent peu à peu tous les degrés de la misère. Un jour, Mancal l'avait rencontré: une pensée infernale avait traversé son cerveau.

—Monsieur le comte, lui avait-il dit, que donneriez-vous pour trois mois de luxe et de richesse qui vous rappelassent votre vie d'autrefois?

A ces paroles, tous les appétits du vieux comte s'étaient soudainement réveillés, et un pacte était intervenu entre eux. Contre une somme de cent mille francs, le comte de Cherlux avait signé un testament et un acte de reconnaissance qui s'appliquait à Jacques. Le testament expliquait une histoire banale de séduction: rien ne pouvait sembler plus naturel. Puis le comte s'était rejeté follement dans le tourbillon des plaisirs. Mais son organisme épuisé n'avait pu résister aux excès de toutes sortes. Deux mois après, il mourait de la rupture d'un anévrisme, et c'est alors que M. Mancal révélait à Jacques cette prétendue aventure qui le faisait, lui, l'orphelin, le seul héritier du comte de Cherlux...


XII

LES GALANTERIES DE MUFLIER

Le lecteur nous pardonnera si, l'entraînant à notre suite, nous le contraignons à passer subitement de l'hôtel de M. de Belen au bouge de l'Ours vert, de là dans le boudoir d'une courtisane, puis encore ailleurs, et toujours plus loin.

Les faits sont là qui crient au narrateur: