—Mais, Goniglu de mon cœur, il y avait un sous-entendu, c'est que les jaunets étaient comme qui dirait une avance, des arrhes... et je préfère—voilà où éclate la délicatesse que je vous signalais tout à l'heure—n'y toucher qu'après les avoir gagnés.
—Ah bah! fit encore Goniglu, que les scrupules de Muflier surprenaient au plus haut point.
—Mais, d'autre part, j'ai envie de bien déjeuner... Alors, nous avons pigé le sac du bonhomme inconnu... Petit Maloigne va aller chez le joli Fourgat (recéleur) d'à côté, il va laver le chandelier, le couvert et la casserole, et alors, noce à mort!
—Bravo! firent les deux hommes.
—Je suis prêt. Je vas rincer tout ça, fit Maloigne.
—Va donc, jeune messager, reprit Muflier, qui aimait à imiter l'accent de Frédérick dans Robert Macaire, et hâte-toi; nous t'attendons avec impatience.
Maloigne, sans se plus faire prier, disparut, cachant sous sa blouse déguenillée le butin dû à l'exploit nocturne.
Goniglu et Muflier restèrent seuls.
Il paraît que, devant Maloigne, ils n'avaient pas dit toute leur pensée, car, obéissant tout à coup à une même réflexion, ils se regardèrent, et la même exclamation: Eh bien? sortit de leurs lèvres.
—Voyons, Goniglu, dit Muflier, qu'est-ce que tu penses de Bisco?