—Qu'avez-vous donc? s'écria la duchesse presque épouvantée.
Le baron chancelait, il s'appuya à la cheminée, son visage se couvrait d'une teinte livide....
Au même instant, Mancal parut à la porte. Il posa son doigt sur ses lèvres, en regardant la duchesse. Les yeux du baron étaient fixes; il était évident que son organisme luttait encore contre l'engourdissement qui s'emparait de lui.
Tout à coup il étendit la main en avant, comme s'il eût été près à tomber de toute sa hauteur. Mais déjà Mancal l'avait saisi dans ses bras, et le soutenant doucement, il l'avait étendu sur les coussins du sofa. Puis il se pencha sur lui, et, écartant son gilet, il appuya son oreille contre sa poitrine.
—L'avez-vous donc tué? s'écria la duchesse, qui se sentait saisie d'une angoisse involontaire.
—Tué! non pas! fit Mancal. Mais maintenant et pour une heure, cet homme nous appartient tout entier: son âme, sa raison sont nos esclaves, et pour la première fois de sa vie peut-être, il ne mentira pas.
Mancal avait tiré de sa poche un flacon et l'avait placé sous les narines du baron. Au bout de quelques secondes, Silvereal laissa échapper un profond soupir. Les membres, contractés, se détendirent; le visage, quoique pâle encore, perdit sa rigidité. C'était une sédation générale succédant à la crise nerveuse.
—Soyez sans crainte, dit Mancal, l'expérience a réussi. Blasias avait d'ailleurs commencé l'œuvre, et elle est achevée.
—Mais que prétendez-vous faire? reprit le Ténia, dont la voix tremblait un peu.
—N'êtes-vous donc pas la femme forte et sans peur que j'ai cru rencontrer? Ne voulez-vous donc pas être riche, riche à millions? Chassez ces vaines terreurs, et écoutez.