—Bouchées à la reine!
—Compote d'ananas!
—Xérès de Frontera!
Quarante-huit heures après les dernières scènes que nous venons de raconter, ces paroles étaient sentencieusement prononcées par un laquais vêtu de noir, ganté de blanc, qui se penchait discrètement vers deux convives, attablés dans un délicieux petit entre-sol de la rue de la Paix. Le service était di primo cartello. Linge d'une exquise finesse, cristaux, mousseline, argenterie massive et ciselée à blason, rien ne manquait. C'était le soir. D'épais rideaux tombaient en plis lourds, tandis que des panneaux de chêne sculpté couraient le long des murailles, garnies de dressoirs, qu'un amateur eût reconnus pour de véritables objets d'art. Les faïences de Rouen, de Delft, eussent fait la joie d'un expert. Les domestiques circulaient silencieusement, craignant sans doute de troubler les éminents personnages qu'ils étaient appelés à servir. Le café venait d'être placé sur la table, et la cave à liqueurs laissait étinceler, à travers ses ciselures, le fauve reflet de l'eau-de-vie ou la teinte émeraudée de la menthe glaciale.
Quand le moka fumant eut rempli les tasses de Sèvres, quand la caisse de panatellas eut ouvert ses flancs tentateurs, le laquais s'inclina devant les convives:
—Ces messieurs désirent sans doute être seuls?
Un signe de tête lui répondit.
—Lorsque ces messieurs auront besoin de mes services, ils voudront bien sonner.
Nouveau signe approbatif. Enfin le laquais ajouta:
—M. le marquis, mon maître, prie ces messieurs de lui faire savoir s'ils seront disposés à le recevoir à huit heures.