Heureuse! ce mot tombait sur le cerveau de Jacques comme un coup de massue.

Tandis qu'elle parlait, tandis qu'il soutenait l'enfant en le serrant doucement contre sa poitrine, il regardait Marie.

Sa pâleur avait disparu: les teintes de la vie étaient remontées à ses joues. Sous le bonnet de dentelle blanche qui serrait son front, ses cheveux blonds s'échappaient en boucles mutines. Ses grands yeux bleus rayonnaient d'une indicible émotion.

—Tu ne me parles pas, continuait-elle. Et pourtant tu as tant de choses à me dire. Il faudra que tu me racontes tout. Qui t'a sauvé? c'est notre père, n'est-ce pas? Vois-tu, nous avons été injustes envers lui. Il n'a pu frapper le fils d'un ancien ami.

—Marie!

Le malheureux se sentait trembler tout entier. Il eût voulu arrêter sur les lèvres de la jeune femme ces paroles qui le torturaient.

Elle ne comprenait pas et continuait:

—Vois-tu, j'ai toujours confiance en lui, malgré sa sévérité apparente. Aussi, maintenant, nous ne devons plus avoir de secrets pour lui. Nous lui dirons tout. Je sais que l'aveu te coûterait trop; c'est moi qui aurai ce courage. Il nous pardonnera, j'en ai la conviction. Alors, quelle joie! Je serai ta femme devant les hommes, comme déjà je suis unie à toi devant Dieu.

Jacques poussa un cri. Il chancelait.

—Jacques! Jacques! qu'as-tu donc? Pourquoi ne me réponds-tu pas?