—Essayez d'abord de lever ça, dit Biscarre.
—Pourquoi faire?
—Dame! pour me donner une petite idée de ce que ça pèse....
Droite saisit le bord de la table, et, d'un effort violent, souleva deux des pieds à vingt centimètres environ, et encore se servait-il pour levier des deux autres pieds.
—Vingt dieux! fit Biscarre, il paraît que c'est un brin lourd...
—Vous pouvez encore renoncer, dit Droite.
—C'est ça! reculer... pour qu'on dise que les gars de la campagne sont des clampins...
—Allez donc... nous jugerons le coup....
Biscarre, avec ses mouvements compassés, releva les poignets de sa chemise et mit à nu ses bras, sur lesquels les muscles saillaient comme des cordes d'acier. Ses mains, quoique fines, présentaient, nous l'avons dit, ce caractère assez singulier que le pouce était d'une longueur inusitée et touchait presque à l'extrémité de l'index. Cette conformation—qui existait chez le plus grand criminel dont le nom ait retenti depuis quelques années—donne aux mains une force exceptionnelle et permet d'exécuter des actes qui paraissent, pour ainsi dire, invraisemblables. Biscarre saisit à son tour la table par le bord, s'arc-bouta sur ses jambes, son dos se voûta, il y eut un moment de complète immobilité. Puis, comme serrée entre des tenailles de bronze, la table se souleva... tout entière... lentement. Le corps de Biscarre ne bougeait pas plus que si c'eût été celui d'une statue. Des cris d'enthousiasme éclatèrent: c'était la preuve d'une vigueur presque surhumaine. Droite et Gauche ne purent réprimer eux-mêmes une exclamation de surprise. Biscarre, après avoir soutenu la table pendant quelques secondes, à deux pieds de terre, la laissa ensuite retomber, mais sans secousse. Puis se tournant vers les deux frères:
—Eh bien! les gars, qu'est-ce que vous dites de ça? demanda-t-il d'un ton goguenard.