En un clin d'œil, Gauche avait été mis dans l'impossibilité de faire le moindre mouvement, et déjà le bâillon s'abattait sur ses lèvres, lorsque de sa bouche sortit un sifflement étrangement modulé.
—Te tairas-tu, vipère? cria Biscarre.
Et de son poing il lui martela la tête.
Encore ne comprenait-il pas ce que signifiait ce sifflement. Or, il répondait à une convention faite de longue date entre les deux frères. S'ils étaient attaqués tous deux, tant que l'un et l'autre conservaient l'espoir de vaincre leurs adversaires, ils luttaient, mais dès qu'ils se sentaient vaincus, celui qui le premier reconnaissait la résistance impossible avertissait son frère, dont le rôle devait alors se borner à tenter l'évasion, et surtout à s'abstenir de prendre part au combat, fût-ce dans l'espoir de la délivrance. Ce qu'ils ne voulaient point risquer, c'était que la liberté leur fût ravie en même temps à tous deux. Tant que l'un était libre, l'autre conservait l'espoir. Droite avait entendu, et immédiatement il avait cessé de lutter contre ses adversaires, ne songeant plus qu'à saisir l'occasion favorable.
—Tenez-vous l'autre? cria Biscarre.
—Il ne bouge même plus, répondit Truard, l'un des complices.
Biscarre serra de nouveau les cordes qui entravaient les mouvements de Gauche.
—Je vais finir l'affaire de l'autre manchot, dit-il.
Et il se rapprocha du groupe des trois hommes qui maintenaient Droite. Mais avant qu'il fût arrivé, celui-ci, d'un seul bond, s'était relevé: d'un coup vigoureusement assené, il avait assommé un de ses adversaires, et s'était élancé sur le côté de la route; là, il hésitait encore: devait-il, malgré leurs conventions formelles, revenir au secours de son frère?
Son hésitation ne fut pas de longue durée. Les trois assassins s'étaient jetés à sa poursuite.