Tout à coup il se fit une sorte de tumulte à la porte du Palais de Justice. Un officier parut, et de son épée adressa un signe au commandant de la gendarmerie. Les chevaux se cabrèrent et firent le vide autour d'eux. Un mot terrible, sinistre, courut dans les groupes. Les poitrines se serrèrent, des exclamations de colère et de désespoir se firent entendre.
Jacques de Costebelle était condamné à mort.
M. de Mauvillers avait bien mérité de ses maîtres.
A ce moment, d'une maison qui s'élevait juste en face du Palais de Justice, une fenêtre s'était ouverte sans bruit. Elle était plongée dans l'obscurité et l'attention était trop vivement excitée ailleurs pour que cet incident fût remarqué.
Une femme, enveloppée d'un manteau qui la cachait tout entière, la tête couverte d'un voile noir, s'était penchée sur la balustrade de fer, et, haletante, elle attendait.
Les portes du Palais de Justice s'ouvrirent brusquement, et à la lueur des torches portées par des soldats, le condamné parut.
Jacques était un jeune homme de haute taille, aux épaules vigoureuses; sous le reflet jaunâtre de la flamme, on voyait s'accuser nettement ses traits rudes, mais empreints d'une enthousiaste énergie. Il était tête nue; ses cheveux noirs, plantés bas, faisaient ressortir la fraîcheur de son front mat et poli.
Le condamné allait être réintégré dans sa prison, en attendant l'exécution, déjà fixée au lendemain.
Comme, pour se rendre à la Grosse-Tour, il fallait nécessairement traverser une partie de la ville, au milieu de la foule, un nouveau détachement de soldats avait été requis pour prêter main-forte aux gendarmes.
Jacques, les mains liées, les jambes retenues par des entraves, attendait sur le perron du Palais de Justice le signal du départ.