II

PIERRE LE GEOLIER

Les prisons étant encombrées, le condamné à mort avait été enfermé, pour plus de sûreté, dans un des cachots souterrains de la Grosse-Tour, à l'entrée de la petite rade.

Le greffier du tribunal lui avait donné lecture de l'arrêt qui le condamnait à mort. L'exécution devait avoir lieu à sept heures du matin, sur l'esplanade de l'Arsenal.

Cette formalité remplie, la lourde porte s'était refermée sur celui que la prétendue justice des hommes avait frappé.

Jacques était seul.

L'obscurité était profonde: on entendait au dehors le pas des sentinelles et leurs voix qui se répondaient au loin; la mer mêlait son écho lent et sourd au bruissement du vent dans les mâts qui craquaient.

Jacques, debout, le dos appuyé contre la muraille fruste, restait immobile, la tête penchée sur sa poitrine. Il rêvait. Douloureuse méditation!

Ainsi, tout était bien fini. A peine commencée, la vie s'arrêtait brusquement. On allait le tuer. De lui, plein de vitalité, d'énergie, on allait, dans quelques heures, faire un cadavre. Ce cœur qui battait à pulsations précipitées s'arrêterait tout à coup; sous ce front qui pensait se ferait la nuit et le néant.... Les deux mains du condamné se crispaient lentement l'une contre l'autre... et pourtant pas un soupir ne s'échappait de sa bouche. Et quiconque aurait pu voir son visage eût remarqué avec surprise que sur ses lèvres il y avait comme un sourire.... Ses yeux fixés sur les ténèbres semblaient revoir encore l'apparition qui tout à l'heure s'était dressée en face de lui.